Gel sur les vignes : quels leviers pour préserver la trésorerie


Débloquer la réserve climatique : oui mais...

Lorsqu’elle existe, le déblocage de la réserve climatique permettra d’atténuer voire, dans le meilleur des cas, de compenser les pertes de production liées au gel.

Il peut être opportun de débloquer la réserve autant que le permet le rendement annuel autorisé (12 hl AP/ha) afin de disposer de stocks librement commercialisables. Toutefois, ce déblocage de la réserve climatique ne doit pas se raisonner seulement sur le court terme.

En effet, une fois le déblocage effectué et selon le niveau de production ainsi atteint, il conviendra d’ajuster les ventes afin d’honorer autant que possible les contrats et couvrir au mieux les besoins en trésorerie de l’exploitation.

Par contre, même si la situation le permet, il ne semble pas pertinent d’engager la récolte à hauteur de 12 hl AP/ha pour plusieurs raisons :

  • une fois la réserve totalement ou massivement débloquée, l’exploitation n’en disposera plus en cas d’aléas sur les années à venir
  • même si elle est déjà partiellement fiscalisée, cela risque d’entraîner un surcoût social et fiscal non justifié au regard des besoins financiers de l’exploitation.

La libération des volumes mis en réserve de gestion intervenue le 1er août 2017 constitue un levier supplémentaire d’ajustement des ventes aux besoins en trésorerie de l’exploitation.

Si la situation le permet, garder une partie des volumes en libre pourra permettre de palier un éventuel nouvel aléa climatique sur les années suivantes.

La commercialisation des stocks non contractualisés éventuellement présents sur l’exploitation devra être raisonnée avec la même prudence.

Adapter sa stratégie de commercialisation

En l’absence de réserve climatique ou si cette dernière est insuffisante pour honorer les contrats en cours, il conviendra de voir avec vos acheteurs quels aménagements peuvent être mis en place.

Dans le cas des contrats en bonnes fins, là aussi, le raisonnement devra être mené sur le moyen terme en cherchant un équilibre entre ventes après la récolte (vin et/ou compte 00) et ventes en bonnes fins. En effet, qu’adviendra-t-il si tout est vendu après la récolte et qu’il n’y a aucune vente en compte 2 sur 2020 alors que le roulement était établi depuis plusieurs années ? Ceci doit s’anticiper dès aujourd’hui.

Aménager des modalités de règlement en cas de difficulté

En plus des acheteurs cités précédemment, il va falloir, dans de nombreux cas, solliciter les autres partenaires de l’exploitation.

Les banques seront souvent les premières concernées.

De plus en plus de contrats de prêt intègrent des possibilités de modulation ou report des échéances dans les conditions contractuelles. Renseignez-vous auprès de votre banque et n’hésitez pas à les solliciter. Si ces possibilités d’aménagement n’existent pas ou ne sont pas suffisantes, elles devront être discutées avec la banque de gré-à-gré.

Enfin, il pourra également être envisagé la mise en place de warrants sur les stocks existants ou de prêts de campagne pour financer le prochain cycle de production.

Des modalités de paiement adaptées pourront également être demandées aux fournisseurs.

Comme toujours, l’essentiel sera d’engager les discussions avant d’être au pied du mur. Une banque ou un fournisseur sera toujours plus enclin à accepter un aménagement ou l’échelonnement d’une dette s’il a été sollicité sans attendre un retard ou un rejet de règlement.

Adapter ses investissements et sécuriser son revenu

La politique d’investissement devra être modulée en fonction de la situation de l’exploitation. Certains investissements pourront être différés. Dans tous les cas, pour préserver la trésorerie, l’autofinancement est à proscrire.

La souscription d’une assurance, a minima contre la grêle et le gel, devra être sérieusement envisagée. Dans le cas d’une assurance plus complète contre les aléas climatiques, il est possible de bénéficier, dans le cadre de la PAC, d’une subvention prenant en charge jusqu’à 65 % du coût de l’assurance récolte.

ANTICIPER, le maître mot

Pour être le plus efficace possible dans la mise en œuvre de solutions adaptées, il convient d’ANTICIPER.

Dès que possible, une estimation du niveau de perte devra être réalisée. Elle permettra d’évaluer les besoins en trésorerie à court terme mais également à moyen terme. Cette projection permettra alors de déterminer quels sont les leviers à activer sur l’exploitation.

  • Auteur(s)


  • Emilie Lavanceau
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